De l’immobilisme apparent des subsahariens

J’ai découvert récemment un artiste afrobelge,Pitcho. Un des titres de son album “crise de nègre “,le single “ Nous “a retenu mon attention.Bien que n’ayant pas une lecture totalement alignée sur la sienne,sa posture me semble néanmoins intéressante.

L’auto-référence qu’il fait pousse à réfléchir sur l’origine du “mal” africain.Pitcho pose (inconsciemment ?) la raison de nos difficultés comme récursive ,voire impredicative.

Ce sujet plus complexe fera l’objet d’un autre post.Cependant, je reconnais l’intérêt de ses propos tout en les pondérant.Si impredicativité il y a,c’est de la manière dont on hérite de réflexes pavloviens .

L’immobilisme dénoncé dans son texte m’apparaît moins comme structurel(institutions) qu’ inhérent à la nature de l’africain.De plus,je suppose que compte ténu des codes de la chanson mainstream,il a du couper large pour livrer l’essentiel de sa position.

L’africain ne saurait être réduit à une telle vision.Des volontés et voix se sont élevées, s’élèvent et s’élèveront encore pour une refonte de nos politiques de développement .

Je suis d’avis, comme il le souligne dans la seconde partie de son texte,que l’essor repose sur les épaules des africains.
Face aux discours fatalistes,dénonciateurs ou de victimisation à outrance qu’il est coutume de lire concernant les relations nord/sud,nous devons y opposer un contrepoids de propositions lucides et positives.

Concernant le rapport que les pays africains entretiennent avec les puissances occidentales, il faut comprendre que les pays du nord agissent dans l’intérêt de leurs peuples.

La politique est une chaine alimentaire.Les pays sont comme des personnes morales.Chacune se bat pour son avenir.Quitte à faire du cannibalisme.Les plus faibles sont vampirisés.

Il n’y a pas de “traité du respect de la démocratie à l’étranger” dans les grandes puissances.Sauf à considérer les associations humanitaires qui  dénoncent d’éventuelles dérives des diplomaties de leur pays à l’étranger .En dehors de cela,les affaires étrangères s’alignent respectivement sur une position “d’exemplarité”.

Chine au Tibet,US en Irak, France en Afrique …La démocratie(pseudo ?) des grandes puissances est réservée aux ressortissants et uniquement à leurs citoyens.Certainement pas aux  africains.Le monde est arrivé à un semblant de démocratie dont le protocole interdit la prédation pure comme il y a un siècle.

Les grandes puissances ne peuvent donc que se comporter finement pour garder une domination intacte sur leurs anciennes colonies.Cela signifie que si nous leur facilitons la tache,les pays étrangers ne se gêneront pas.Ils profiteront encore et toujours des failles du système africain pour pénétrer et assoir leurs intérêts.

Les blamer n’a donc pas de sens,c’est dans l’instinct de l’homme de capitaliser son environnement au mieux.L’Afrique n’est une matière première pour les occidentaux que parce que nous le leur permettons.

La situation de dépendance dans laquelle la Cote d’Ivoire vient de se placer n’est pas arrivée spontanément.Le gouvernement français ne s’est pas levé un  matin pour annexer la Cote d’Ivoire,et ses richesses.

L’ingérence actuelle est un enchainement de situations conflictuelles en Cote d’Ivoire, héritées de l’ère Bedié .La sollicitation des instances étrangères et françaises a permis à celles-ci de pénétrer et de s’installer de manière continuelle dans le processus en Cote d’Ivoire. L’occidental ne fait que rentabiliser les erreurs de l’africain.Et s’il y arrive,bien sur que c’est condamnable.

Pourtant,certains enfants de l’Afrique sont parmi ses ennemis: par ignorance, lâcheté ou fourberie.A l’intérieur de nos pays , il y a des africains dont le besoin d’accomplissement ,le maintien au pouvoir et le désir de félicité passe avant l’intérêt de leur nation .

Aujourd’hui,l’Afrique noire semble “s’étonner” et “s’indigner” de l’ingérence française et de l’aide dont a bénéficié Alassane Ouattara pour conquérir par la force ce pouvoir qui,semble-t-il lui revenait de droit.Ce à quoi je réponds,si Laurent Gbagbo ne s’était pas mis en position de difficulté de lui-même,il n’y aurait jamais besoin d’un tel recours.

Beaucoup ne gardent en vue que la manière dont cette chute s’est déroulée,occultant complètement sa gestion  de la crise ivoirienne par Gbagbo entre 2002 et 2009.Et face au bilan de la Cote d’Ivoire sur 8 années,on ne peut pas dire que l’excellence ait caractérisé son “règne”.Gbagbo n’est pas Mandela,j’aurais des scrupules à lui donner le titre de martyr .

De même, la triple alliance Bedié-Ouattara-Soro n’est pas des plus rassurantes.

-Bedié  étant l’inventeur du concept “d’ivoirité” qui dans les années 90 empêchait Ouattara de prétendre à une candidature .Aujourd’hui,avec son soutien et son influence,Ouattara s’est assuré un gros pourcentage du vote des baoulés.

-Soro quant à lui est la figure principale du mouvement de coalition des rebels dont l’action a marqué toute la décennie écoulée,parfois dans des violences extrêmes.Un de ses chefs de guerre,Martin Kouakou Fofié par exemple, le tout-puissant commandant de Korhogo, est sous le coup de sanctions de l’ONU pour avoir enfermé une soixantaine de personnes dans des containers exposés au soleil jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Soyons clairs.La dénonciation d’ingérence,de contrats état-état abusifs desservant les africains doit se perpétuer.

Les exactions, abus de pouvoir internes, les dérives diverses et questions de sociétés doivent être connus du public.
C’est une nécessité,car ce report systématique(sous preuves factuelles)nourrit les africains à la réalité politique.Il est facile de constater que la majorité des français par exemple ne savent et ni ne s’intéressent à la politique étrangère de leur pays,notamment en Afrique.

On en arrive donc a une situation où la perception de l’africain et de sa gestion du pouvoir varie de la condescendance à l’indifférence la plus totale.Il est donc de notre devoir d’éduquer nos populations aux enjeux socio-politiques de la gouvernance.

C’est à partir de ce moment que l’africain prendra de meilleures décisions.

En plus d’entretenir une mémoire collective de l’histoire contemporaine,on permet aussi un affranchissement progressif de l’immobilisme intellectuel du citoyen lambda.Et cela en diffusant :

-l’esprit d’analyse,
-la curiosité de la vérité,
-l’habitude de contestation justifiée,
-la culture de revendication saine.

Nous nous éduquons donc de fait à nous prendre progressivement en main,de telle sorte que nos enfants intégreront ces démarches d’interrogation très tôt.

S’il est évident que l’esprit collectif et la conscience nationale doivent primer pour une dynamique de développement efficace,ce n’est pas toujours le cas.

La récurrence de situations désastreuses ,les représailles de certains pouvoirs autoritaires détournent une frange de la population de ces préoccupations.

En effet,dans des pays où la santé,la justice et la sécurité( des biens et des personnes) ne sont pas au meilleur niveau,il est difficile de se concentrer sur les objectifs nationaux et le combat populaire,lorsque qu’on a soi-même des difficultés à tenir débout.

Accomplissement personnel et essor national sont liés à moyen et long terme.Néanmoins l’urgence de court terme entretient des priorités qui nous détournent indirectement de cet essor commun.C’est donc un cercle vicieux,car l’africain supporte le poids des erreurs de ses aînés,doit les corriger tout en n’oubliant pas de vivre.

A propos thesubsaharian

Actuellement en train d'écrire le plus grand Bouquin de High fantasy de tous les temps.sérieux.
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